top of page

Le Murmure Harmonieux

Découvrez notre nouvelle exploration sonore sur l’équité du vivant.

Pourquoi la violence est une aberration thermodynamique

Photo du rédacteur: Didier Merlateau
Didier Merlateau
23 oct.
4 min de lecture

Depuis des millénaires, la morale condamne la violence. On la qualifie de péché, de barbarie, de crime contre l'humanité. Pourtant, ces condamnations éthiques échouent régulièrement à l'endiguer : dès qu'un groupe se sent acculé, menacé ou manquant de ressources, il réactive le réflexe du choc physique, convaincu que la force brute sera le raccourci le plus rapide pour trancher un différend.


Il est temps de sortir du registre émotionnel ou religieux pour observer la violence sous un prisme froid, universel et implacable : la thermodynamique des systèmes ouverts.


Regardée à travers les lois de la physique, la violence n'est ni glorieuse ni simplement « immorale ». Elle est, très exactement, le processus de dissipation d’énergie le plus inefficace et le plus ruineux que le vivant puisse concevoir.


La violence est, très exactement, le processus de dissipation d’énergie le plus inefficace et le plus ruineux que le vivant puisse concevoir.
La violence est, très exactement, le processus de dissipation d’énergie le plus inefficace et le plus ruineux que le vivant puisse concevoir.


1. Briser en une seconde ce qui a coûté des siècles

Pour comprendre la physique de la violence, il faut observer ce qu'elle détruit.


Qu’est-ce qu’un corps humain, un pont, un écosystème forestier ou un réseau de confiance collective ? C’est de la néguentropie : une concentration colossale d’énergie ordonnée, patiemment accumulée, tissée et maintenue contre la tendance naturelle de l'univers au désordre.


  • Un être humain représente des décennies de métabolisme, d'alimentation, de transmission culturelle et de soins constants.


  • Une infrastructure représente des milliers d'heures de travail, de calcul et de matériaux raffinés.


  • Un lien social ou diplomatique est une structure d'information hautement raffinée permettant la circulation fluide des personnes et des biens avec un minimum de pertes.


La violence consiste à injecter brutalement une décharge d'énergie mécanique, cinétique ou explosive pour briser cet ordre. En une fraction de seconde, une balle, une bombe ou un coup de matraque dégrade instantanément cette structure hautement ordonnée en décombres, en sang et en chaleur perdue.


C'est une régression thermodynamique pure : une dilapidation massive de capital d'organisation au profit du néant métabolique.


2. Le piège du faux raccourci (L'illusion du faible coût)

Si Sapiens recourt si volontiers à la violence, c'est en raison d'un biais cognitif d'échelle temporelle : la violence donne l'illusion d'être énergétiquement bon marché à court terme (un sentiment de puissance).


  • Briser une porte demande moins d'énergie immédiate que de trouver la clé ou de négocier avec celui qui garde le seuil.


  • Tuer un rival prend moins de temps que de bâtir un compromis territorial pérenne.


Mais cette économie apparente est un gouffre à moyen et long terme.


La thermodynamique nous enseigne qu'un système ne s'arrête jamais au premier impact. La violence engendre immédiatement une cascade de frictions colossales :


  1. La violence appelle la riposte. Elle oblige la victime (ou ses alliés) à investir massivement dans la défense, la vengeance ou la contre-attaque.


  2. Dès que la violence est introduite dans un écosystème social, chaque acteur doit détourner une part immense de son énergie productive pour s'armer, bâtir des murailles, s'enfermer, surveiller et patrouiller. C'est l'apparition de la carapace, un parasite énergétique qui asphyxie le mouvement.


  3. Même le « vainqueur » hérite d'un milieu dévasté. Les terres conquises par le feu ne produisent plus ; les populations soumises par la terreur résistent passivement, sabotent, et exigent une surveillance permanente qui épuise les ressources de l'occupant.


Le rendement énergétique de la violence est structurellement négatif. C'est un emprunt contracté auprès du désordre, que le système paie par son épuisement accéléré.


3. La violence comme accélérateur d'effondrement

Dans la Théorie du Mouvement Éthique, nous démontrons que la sédentarisation a enfermé l'humanité dans l'illusion de la stase et du stock. La guerre et la violence interpersonnelle sont les conséquences directes de cette angoisse de la possession : on se bat pour défendre ou piller un stock fixe (un territoire, un coffre, un silo).


Face aux limites physiques planétaires actuelles, certains imaginent que les guerres de ressources permettront aux plus forts de survivre. C'est une folie thermodynamique.


Dans un monde où les flux d'énergie se contractent :


  • Gaspiller nos derniers barils de pétrole et nos minerais rares à fabriquer des explosifs et des chars pour détruire des villes est la forme ultime du suicide entropique.


  • Chaque missile tiré, chaque usine bombardée, chaque vie anéantie diminue la capacité de charge globale de la biosphère et détruit le fragile tissu logistique qui nous maintient en vie.


La violence ne résout aucune pénurie : elle transforme une crise de gestion de flux en un désert sans vie. Elle ne redistribue rien : elle consume tout dans un brasier stérile.


Le soin et la médiation : la vraie haute technologie du vivant

À l'opposé de la violence, que sont le dialogue, la coopération, la diplomatie et le soin ?


Ils sont souvent méprisés comme des postures « faibles » ou « naïves ». Pourtant, sur le plan physique, ils représentent le degré ultime de l'efficacité thermodynamique.


Prendre soin d'un corps vulnérable, entretenir patiemment un équipement, dialoguer pour désamorcer un conflit, c'est faire le choix de la plus haute rentabilité métabolique : avec une dépense minime d'énergie ciblée (un geste, une parole, une écoute), on préserve l'intégrité d'une structure complexe et on évite la dispersion brutale du système.


Une intelligence collective mature ne mesure pas sa puissance à sa capacité de destruction — qui n'est qu'un tapage entropique vulgaire —, mais à son aptitude à maintenir l'équilibre avec le minimum de friction.


Refuser la violence n'est pas une prière pacifiste : c'est l'application rigoureuse du principe d'économie de l'univers. À l'heure où l'humanité doit négocier son atterrissage d'urgence, chaque joule d'énergie doit servir à préserver le vivant et à fluidifier le mouvement. Tout le reste n'est que de la cendre inutile.

8 commentaires


philou.mathieu
23 oct.

Apparemment, les "savants" (anthropologues et paléoanthropologues) avancent que rien ne prouve que l'humain soit violent par nature. Je ne suis ni savant ni scientifique mais rien ne m'empêche de réfléchir à ce sujet ni de ne pas être en parfait accord avec les allégations de la Science.🙂 Je constate tout de même que nous venons au monde et évoluons dans un Univers lui-même "violent" , du rayonnement solaire, en passant par les cataclysmes naturels, les luttes des végétaux et des insectes entre eux, jusqu'aux règne animal, pour en arriver à notre espèce. Notre venue au monde est elle-même assez violente ; il faut avoir assisté à un (ou des) accouchements pour se rendre compte que - sauf cas rares …

Modifié
J'aime
Didier Merlateau
Didier Merlateau
26 oct.
En réponse à

Il ne faut pas s'inquiéter pour la visibilité. La TME se met en place tranquillement. De toutes manières, elle ne serait pas acceptée si facilement donc, cela évite des discussions sans intérêt et les combats idéologiques qui en découleraient. Je suis en passe de lancer l'édition de l'essai (La Théorie du Mouvement Ethique) la semaine prochaine au plus tard. Dés sa parution (courant décembre je pense), j'ai prévu d'en faire la promotion (vers janvier 2027). C'est à partir de là que certaines personnes vont s'y intéresser. Pour le moment, ce modèle de société reste confidentiel et c'est préférable. Je préfère m'assurer qu'il n'y a pas d'erreur d'appréciation de ma part, avant de le rendre public et accessible facilement. Pour les explications ("questions-réponses"),…

J'aime
bottom of page