L'injustice dans la justice : Le piège de l’identité sexuelle
Dernière mise à jour : il y a 10 heures
Depuis le Grenelle des violences conjugales de 2019, né de l’électrochoc causé par le meurtre de Julie Douib — assassinée après avoir déposé six plaintes restées sans suite —, l’arsenal pénal français n'a cessé de s'étoffer. Bracelets anti-rapprochement, téléphones grave danger, retrait immédiat de l'autorité parentale, durcissement des saisies d'armes : sur le papier, la machine législative s'est mobilisée. Les plaintes ont doublé, atteignant plus de 270 000 procédures annuelles.
Pourtant, un chiffre oppose une résistance implacable à ce déploiement juridique : le nombre d'homicides conjugaux ne baisse pas de manière structurelle. Année après année, il oscille tragiquement autour d’un plateau invariant : 100 à 120 féminicides par an, auxquels s'ajoutent les homicides d'hommes et les suicides induits par le harcèlement moral.
Comment expliquer qu'une débauche de lois, de tribunes et d'outils de surveillance échoue à tarir la source de ce drame ?
La réponse réside dans un dysfonctionnement fondamental : la justice et le pouvoir politique traitent une faillite matérielle, relationnelle et psychologique profonde comme une simple guerre d'identités sexuelles. En enfermant le problème dans une grille binaire idéologique, l'institution fabrique une double injustice et s'interdit d'apporter la seule solution viable : le démantèlement des dépendances réelles.

1. Le théâtre pénal de l'identité : diviser pour ne pas soigner
Le traitement public de la violence conjugale s'est polarisé autour d'un récit binaire strict : l'homme agresseur par essence culturelle face à la femme victime par statut immuable.
Si la réalité physique des homicides frappe très majoritairement les femmes (près de 85 % des victimes de violences physiques létales ou graves sont des femmes, en raison de l'asymétrie de force mécanique), l'institution a commis l'erreur de réduire l'ensemble des dynamiques relationnelles à cette seule dimension cinétique :
Une diversion commode pour l'État : En présentant les violences conjugales uniquement sous l'angle du conflit de genre, l'État s'achète une posture morale à peu de frais. Il vote des lois, crée des délits symboliques, dispense des formations aux forces de l'ordre et pointe du doigt la « toxicité masculine ».
Cette focalisation sur l'identité sexuelle permet d'ignorer superbement les déterminants matériels réels de la violence : la misère matérielle, la promiscuité dans des logements insalubres, l'alcoolisme et la psychiatrisation galopante d'une population délaissée par un système de santé mentale en ruines.
En faisant de la violence une affaire d'« identité », on exonère la société de concevoir une politique du soin et de la subsistance.
2. La double injustice de l'institution judiciaire
Parce qu'elle est aveuglée par cette grille de lecture réductrice, l'institution judiciaire se révèle incapable de rendre une justice équitable, produisant une violence institutionnelle symétrique :
Pour les femmes : l'illusion d'une protection sur le papier
Le système judiciaire est une machine procédurière conçue pour constater le dégât matériel a posteriori, non pour évaluer l'angoisse et la terreur psychologique en amont. Tant qu'il n'y a pas d'hématome mesurable par un certificat médical, le calvaire de l'emprise, de l'isolement progressif et des menaces voilées est régulièrement classé sans suite faute de « preuves tangibles ». On fournit des bracelets et des téléphones d'urgence en nombre dérisoire par rapport aux besoins, tout en laissant les victimes sans solution d'hébergement d'urgence autonome. La justice intervient trop souvent comme une ambulance qui constate l'impact au lieu de sécuriser la fuite.
Pour les hommes : le déni de la violence insidieuse
À l'inverse, dès lors que la violence emprunte des canaux non physiques — ce que la sociologie documente largement chez les victimes masculines —, la justice devient sourde et aveugle. La violence psychologique, le dénigrement systématique, l'aliénation parentale, le chantage à la séparation et la menace d'instrumentaliser l'appareil judiciaire sont des formes réelles d'asservissement. Pourtant, un homme franchissant la porte d'un commissariat pour signaler un harcèlement moral au sein de son couple se heurte encore au mépris, à l'incrédulité ou au ridicule. Les structures d'écoute et de mise à l'abri pour hommes victimes sont inexistantes.
En instrumentalisant le genre, la justice hiérarchise les souffrances : elle attend que le sang coule pour secourir les femmes, et nie la destruction psychologique lorsqu'elle frappe les hommes.
3. La racine tue : la cage de la dépendance matérielle
Pourquoi un homme ou une femme reste-t-il sous l'emprise d'un conjoint violent ? Pourquoi le foyer sédentarisé moderne se transforme-t-il si souvent en une arène étouffante ?
Le drame des violences conjugales est le produit direct de l'enfermement de Sapiens dans la cellule nucléaire privée du monde sédentaire marchand :
La propriété du partenaire : Dans une société obsédée par la stase et le stock, le couple n'échappe pas à la logique de la possession. Le conjoint est inconsciemment assimilé à un actif qu'il faut contrôler, verrouiller et garder sous clé. La rupture n'est pas vécue comme la fin d'un lien vivant, mais comme une spoliation intolérable qui déclenche la rage destructrice.
Le piège de la dépendance économique : Combien de femmes — et d'hommes — restent sous le même toit avec leur bourreau par pure contrainte matérielle ? Parce qu'un salaire unique ne permet pas de se loger, parce que le marché immobilier est saturé, parce que quitter le domicile conjugal signifie sombrer instantanément sous le seuil de pauvreté avec ses enfants.
L'État prétend lutter contre les violences en distribuant des dépliants et en durcissant les peines de prison après coup, alors qu'il est incapable de fournir la seule chose qui sauve réellement une vie en danger : un toit indépendant et inconditionnel, immédiatement accessible.
La réponse de la TME
De la punition à l'émancipation biophysique
Vouloir éradiquer la violence conjugale par le code pénal est une absurdité méthodologique : la prison et les tribunaux interviennent quand le mal est fait.
La Théorie du Mouvement Éthique apporte une réponse radicale qui court-circuite la guerre des sexes :
La Dotation Biophysique Inconditionnelle (DBI) : Si chaque être humain, quel que soit son sexe, dispose d'un logement garanti, d'un accès inconditionnel à l'eau, à l'énergie et aux calories nécessaires à sa subsistance hors du circuit monétaire, l'emprise matérielle est anéantie instantanément.
Personne ne reste prisonnier d'un conjoint toxique par peur de finir à la rue ou de ne pas nourrir ses enfants. La possibilité de partir sans préavis devient un fait matériel, non un vœu pieux.
En sortant de la logique du stock et de la possession marchande, le couple cesse d'être une forteresse patrimoniale fermée pour redevenir un lien électif, réversible et fluide, protégé par une véritable communauté de soin et d'entraide.
Tant que la justice s'obstinera à arbitrer une guerre de tranchées entre les sexes avec des formulaires et des matraques, sans jamais briser les chaînes de la dépendance économique et du mal-logement, elle continuera de compter ses mortes et d'ignorer ses détresses, complice d'une machine qui broie les corps à force de ne pas vouloir toucher à leurs chaînes.



Je me permets d'apporter une très légère nuance à cet article très intéressant : Si la plupart des violences conjugales peuvent être dues à une situation pécuniaire difficile, cette même violence existe également chez les ménages très nantis et très fortunés. Ce type de violence peut s'exercer, hélas, partout où les gens cohabitent, qu'ils soient indigents ou qu'ils roulent sur l'or...
Petite remarque sur le titre de cet article : il comporte une faute sur l'article défini de la justice.😉