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Le Murmure Harmonieux

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La limite Jean-Marc Jancovici & Shift Project

Photo du rédacteur: Didier Merlateau
Didier Merlateau
il y a 6 jours
3 min de lecture

Si la parole de Jean-Marc Jancovici produit aujourd'hui le même effet anesthésiant et décourageant que la langue de bois politique traditionnelle, c’est parce qu’elle est devenue une liturgie gestionnaire sans horizon.


1. La réduction de l'existence à un tableau d'amortissement

Le discours de Jancovici repose sur une grille de lecture purement comptable : des flux de kWh, des gigatonnes de CO₂ et des règles de trois.


  • L’être humain y est traité comme un simple convertisseur d'énergie au sein d'une usine globale.


  • Il n'y a dans ce discours aucune dimension anthropologique, poétique, sensible ou philosophique. La question du sens de la présence de Sapiens sur Terre est totalement absente : il s'agit seulement de faire tenir la tuyauterie un demi-siècle de plus.


  • Entendre répéter depuis quinze ans le même exposé PowerPoint — aussi exact soit-il sur le plan physique — sans qu'il n'ouvre jamais la moindre perspective d'émancipation humaine, finit par sonner comme le règlement intérieur d'un centre de détention.



2. Le pire des deux mondes : la cage sans les friandises

Pourquoi cette vision détériore-t-elle le bien-vivre ? Parce qu'elle propose d'empiler les contraintes physiques sur les aliénations sociales existantes.


Dans le modèle défendu par le Shift Project et la technocratie décarbonée :


  • On garde la cage : Le salariat contraint, le réveil à 6h30, la hiérarchie managériale, l'angoisse du loyer et de la fin de mois, la bureaucratie paperassière et la monnaie-dette.


  • Mais on retire les anesthésiants : On supprime la voiture individuelle abordable, la viande pas chère, le logement bien chauffé l'hiver, les escapades du week-end et la consommation consolatrice.


C'est une régression nette du bien-être ressenti : l'individu moderne subit toujours l'épuisement du travail pour la Mégamachine, mais sans même pouvoir jouir des hochets matériels que celle-ci lui distribuait pour acheter sa soumission. C’est l’avènement d'un capitalisme de caserne, triste, punitif et gris.


3. La confusion entre « niveau de vie » et « qualité d'être »

Jancovici martèle que la baisse de l'énergie disponible signifie inévitablement la baisse du PIB, et que nous devons donc nous résigner à un appauvrissement matériel. En restant prisonnier du thermomètre monétaire, il ne conçoit pas que la contraction du métabolisme physique peut coïncider avec une explosion du bien-vivre qualitatif.


C'est là que la TME rompt radicalement avec cette écologie comptable

L'écologie d'ingénieur (Jancovici)

La Théorie du Mouvement Éthique (TME)

Gérer la pénurie dans le cadre du salariat et de l'État centralisé.

Abolir l'angoisse de survie par la Dotation Biophysique Inconditionnelle (DBI).

Demander aux gens de « faire des efforts » tout en gardant 40 heures de travail contraint.

Libérer le temps humain : supprimer les emplois destructeurs et inutiles pour diviser le travail contraint par trois ou quatre.

Une société rationnée, où l'on compte ses watts sous le contrôle d'une bureaucratie tatillonne.

Une société du Symbiocène, où le temps retrouvé est investi dans l'art, le soin, la lenteur, la relation et l'ancrage local.

En résumé

Le discours de Jancovici ennuie et déprime parce qu'il s'apparente à la visite d'un médecin chef qui vous annonce que la maladie est incurable, mais que si vous acceptez de ne plus bouger, de manger fade et de vous soumettre à son protocole rigide, vous pourrez survivre branché à une machine pendant encore quelques années.


C'est la gestion d'un service de soins palliatifs pour civilisation sédentaire à bout de souffle.


Le bien-vivre ne renaîtra pas du décompte obsessionnel de nos manques, mais du démantèlement de l'armure qui nous étouffe. La baisse des flux de matière et d'énergie ne devient heureuse que si elle s'accompagne de la fin de la servitude du stock et du salariat. C'est le point aveugle de Jancovici, et c'est exactement là que commence la TME.

2 commentaires


philou.mathieu
il y a 5 jours

On ne peut pas en vouloir à J.M. Jancovici qui fait le maximum dans la médiatisation pour nous faire prendre conscience de la finitude des matières premières de notre monde et de nos attitudes polluantes. On peut toujours lui reconnaître sa grande persévérance dans ce travail. Mais sans vouloir avoir mauvais esprit, n'oublions pas non plus que ça fait partie de son gagne-pain puisque sa société Carbone 4 et sa filiale Carbon4 finance prospèrent en conseillant les entreprises, les collectivités et les administrations. Même s'il n'est pas rémunéré en tant que président du Shift Project, je suppose que, comme dans tous les think tanks, il profite du réseau pour récupérer de nouveaux clients. On peut comprendre donc où est son…

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Didier Merlateau
Didier Merlateau
il y a 4 jours
En réponse à

Mais je l'apprécie particulièrement. Dans l'article j'essaye juste de montrer que son raisonnement ne va pas au bout. Cela étant, évidemment, c'est un lanceur d'alertes qui a permis d'ouvrir les yeux à certaines personnes.


Il est cependant aujourd'hui, enfermé dans son raisonnement. Incapable d'aller au bout et de sortir de cette emprise du système. Au final il reste contraint par des pressions financières et ne s'autorise pas le droit de penser le monde sans limite.

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