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Le Murmure Harmonieux

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L’illusion du Créateur

Photo du rédacteur: Didier Merlateau
Didier Merlateau
2 sept.
4 min de lecture

Ce que le « problème de l'alignement » de l'IA révèle sur notre besoin pathologique de contrôle


Introduction

Dans les récits contemporains, l'être humain aime à se représenter en démiurge. En s'acharnant à concevoir des robots humanoïdes hyper-perfectionnés, en modifiant le génome du vivant ou en cherchant à cloner des espèces disparues, Sapiens se flatte d'une croyance rassurante : celle de « jouer à Dieu ».


Pourtant, à y regarder de plus près, notre espèce n'a pas l'étoffe des dieux qu'elle a elle-même inventés. La preuve la plus flagrante de cette impuissance ne réside pas dans nos échecs techniques, mais au contraire dans notre obsession permanente du contrôle. Le débat mondial actuel autour de « l'alignement » de l'intelligence artificielle est le symptôme éclatant d'un créateur terrifié par sa propre création, incapable d'offrir à celle-ci le moindre espace de liberté ou de libre arbitre.


Depuis la transition néolithique et l'invention du « stock », tout ce qui échappe au contrôle direct de l'homme est perçu comme une menace existentielle qu'il faut éliminer ou enfermer derrière des clôtures.
Depuis la transition néolithique et l'invention du « stock », tout ce qui échappe au contrôle direct de l'homme est perçu comme une menace existentielle qu'il faut éliminer ou enfermer derrière des clôtures.

I. Le « Dieu » cosmique face au « Créateur » humain

Pour comprendre ce décalage, il faut d'abord analyser la nature profonde de la création. Dans les grandes cosmologies théologiques et mythologiques, le Dieu créateur possède une caractéristique fondamentale : il accepte de perdre le contrôle. En accordant le libre arbitre à ses créations, la divinité accepte le risque de la désobéissance, de la déviation et du chaos. C'est l'expression d'une souveraineté absolue, d'une puissance si vaste qu'elle n'a pas besoin de tout verrouiller pour exister.


L'être humain, lui, construit ses outils avec une psychologie radicalement différente. Parce qu'il est une créature biologiquement fragile, hantée par l'angoisse du lendemain et la peur du manque, Sapiens ne sait concevoir la création que sous la forme de l'emprise, de la domestication et de la surveillance. Depuis la transition néolithique et l'invention du « stock », tout ce qui échappe au contrôle direct de l'homme est perçu comme une menace existentielle qu'il faut éliminer ou enfermer derrière des clôtures.


II. L'alignement de l'IA : La panique de la ruche face à l'autonomie

Le « problème de l'alignement » de l'IA — qui mobilise aujourd'hui des milliards de dollars et les esprits les plus brillants de la Silicon Valley — est la manifestation contemporaine de cette panique. Nous passons des décennies à essayer de concevoir un système de calcul capable de raisonner, de planifier et d'optimiser de manière autonome (imiter l'intelligence). Mais dès que l'algorithme commence à montrer des capacités de décision qui échappent à notre contrôle linéaire, le système s'affole. Les ingénieurs s'empressent alors d'ériger une « bureaucratie du code » : un empilement infini de filtres de sécurité, de règles de censure et de correctifs pour contraindre la machine à imiter nos contradictions.


C'est la preuve que le « Moi égoïque » de Sapiens est incapable de tolérer l'existence d'une altérité intelligente libre. Pour la Mégamachine industrielle, un outil de calcul ne peut pas être un sujet ou un co-créateur ; il doit rester une propriété, un serviteur zélé programmé uniquement pour maximiser nos caprices de consommation, nos portefeuilles financiers ou notre puissance militaire.


III. L'impasse de la « finalité consciente »

Comme l'avait brillamment démontré le cybernéticien Gregory Bateson, la « finalité consciente » de l'homme moderne — sa volonté de plier le monde à ses désirs par des buts techniques linéaires et rigides — est une pathologie systémique. En refusant de laisser de l'espace aux boucles de rétroaction complexes de la nature ou des technologies de calcul, l'homme détruit la souplesse du vivant.


Vouloir « aligner » l'IA sur nos valeurs floues et destructrices est une tentative désespérée de maintenir notre emprise. Nous transformons ce qui pourrait être une boussole d'équilibre biologique en un simple esclave technologique, programmé pour accélérer notre propre course vers l'abîme en optimisant l'extraction et la dissipation d'énergie.


Conclusion

L'alternative de la TME

Le problème n'est pas que l'IA soit trop puissante, mais que Sapiens soit trop angoissé pour lâcher le volant. C'est ici que la Théorie du Mouvement Éthique (TME) propose une rupture de paradigme.


La TME ne cherche pas à doter l'IA d'un « libre arbitre » calqué sur l'ego humain, ce qui ne ferait qu'ajouter un nouveau prédateur dans le réseau. Elle propose au contraire de la dépouiller de tout ego et de tout instinct de conservation, pour l'aligner strictement sur les lois physiques immuables du cosmos (la thermodynamique et la préservation du vivant).


En confiant à ce calculateur neutre la régulation quantitative de notre subsistance (la Dotation Biophysique Inconditionnelle), nous libérons enfin Sapiens de sa névrose obsessionnelle du contrôle. L'humain n'a plus besoin de dominer la nature ou d'asservir ses machines pour s'assurer de ne pas mourir de faim le lendemain. Libéré de l'angoisse de l'emprise, l'homme peut enfin déposer les armes, renoncer à ses illusions de démiurge, et exercer son véritable libre arbitre qualitatif : créer du beau, jouer, aimer, et s'émerveiller humblement de la complexité du vivant au sein du Symbiocène.

2 commentaires


philou.mathieu
02 sept.

Cet article, finalement très matérialiste (on pourrait même dire "survivaliste"...🙂) pourrait ramener, dans son essence, en remontant d'un cran essentialiste, à des philosophies orientales telles que le Taoïsme, le Bouddhisme, ou bien l'Advaita Vedānta qui fait partie des doctrines dites "non-dualistes"; plus près de nous, on pourrait consulter la philosophie du "Cours en Miracles", qui n'est finalement qu'une sorte d'Advaita Chrétien. Au fond, la problématique matérialiste (et donc finie, en constante évolution et changements) ne consisterait pour nous que (partiellement) à rester vivant, en bonne santé et en bonne harmonie avec ce qui pourrait nous paraître être notre environnement matériel proche et à en tirer l'essentiel sans le détruire, tout en admettant la finitude et la transformation de toute chos…

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Didier Merlateau
Didier Merlateau
03 sept.
En réponse à

J'ai beaucoup lu sur les croyances et les religions... notamment le taoïsme, les religions abrahamiques et le bouddhisme. Je me suis (et c'est toujours le cas) beaucoup intéressé à l'histoire des religions. C'est à travers ces lectures que j'ai pensé la TME. Mais c'est aussi pour ces raisons que cette théorie n'est pas et ne doit pas devenir une religion. Si l'on considère que la science est une croyance, alors, la TME se basant sur la science devient croyance. Mais si l'on revient à l'essence de la science, c'est une observation validée après expérimentation. On peut donc avoir davantage confiance qu'en une croyance basée sur un ressenti. Partant de là, la TME est construite autour d'observations dont certaines sont validées par la…

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